Etienne Drioton, un savant du XXe siècle au service de l'Egypte

Michèle Juret, conservatrice du musée Josèphe Jacquiot de la  ville de Montgeron

18h30 – Amphithéâtre de la Présidence, UPPA

 

Etienne DRIOTON,

Un savant  du XXe siècle au service de l’Egypte

(Nancy 1889 Montgeron 1961)

 

 

     Né à Nancy le 21 novembre 1889 dans une famille profondément catholique, Etienne Drioton choisit la voie sacerdotale. Ordonné prêtre en 1912, il sera plus tard nommé Chanoine honoraire de la Cathédrale de Nancy. Dès l’âge de 11 ans il s’était  passionné pour la civilisation égyptienne et poursuivra brillamment ses études orientalistes à l’Institut Catholique de Paris. En 1919 il y devient professeur ainsi qu’à l’Ecole du Louvre. Afin d’aider ses étudiants, l’année suivante il rédige une grammaire hiéroglyphique. Déjà très apprécié de ses collègues, en 1923 il participe à la création de la Société Française d’Egyptologie, en devient le premier secrétaire. 

     Premier voyage en Egypte. En 1924 l’Institut Français d’Archéologie Orientale le charge d’une mission épigraphique au temple de Médamoud. Il y travaille auprès de Fernand Bisson de la Roque jusqu’en 1932. Ses travaux se révèleront d’une importance considérable pour éclairer l’histoire du site. De 1932 à 1936, il poursuit ses missions à Tod. Dans le même temps, en 1926, l’abbé est nommé Conservateur-adjoint au Musée du Louvre.

 

Directeur général du Service des Antiquités d’Egypte, au Caire

 

     En 1936 le roi d’Egypte Fouad Ier l’appelle à la haute fonction de Directeur Général du Service des Antiquités égyptiennes, au Caire. Commence pour lui un parcours ponctué de moments exceptionnels mais aussi de difficultés dans un climat anti-occidental et de rivalité interne au Service.

     Bien heureusement en janvier 1937 il accompagne le jeune Farouk Ier, lors du voyage inaugural de son règne, sur les principaux sites archéologiques. Le souverain apprécie hautement l’immense savoir d’E. Drioton, mais aussi sa cordialité, son humour, son enthousiasme. Une relation d’estime réciproque et d’amitié se noue entre eux. Ceci est très important car le Roi soutiendra ses actions et s’intéressera aux chantiers de fouilles. Novateur dans bien des domaines, au cours de ce voyage Drioton propose au Roi un projet « pharaonique » : le déplacement du temple de Philaë sur une autre île afin de le protéger des eaux du Nil.

     Sa tâche à la Direction du Service est énorme. Il doit gérer l’administration des Musées, réorganiser le Service, superviser les chantiers de fouilles. Il se doit de cultiver les relations utiles au Service et aux archéologues. En retour il vit des moments exceptionnels. C’est ainsi qu’en février 1939, alors qu’il fait les honneurs des sites au Prince Rezza Pahlévi, le futur Shah d’Iran, lui parvient cette lettre de Pierre Montet. « Mon cher collègue, j’ai le plaisir de vous informer que nous venons de trouver le tombeau d’Osorkon II… » Un épisode prestigieux de l’histoire de l’égyptologie s’ouvrait : la découverte des tombes royales de Tanis. Etienne Drioton  suivra de très près cette merveilleuse aventure, en assumera bien évidemment les problèmes administratifs.

     Du Delta à la Haute Egypte les équipes d’archéologues s’activent sur de nombreux chantiers … A Kom Abou Yasine une nécropole de taureaux sacrés est découverte, à Hélouan sont mises à jour 4000 tombes des premières dynasties… Il les visite régulièrement pour apprécier l’avancée des travaux, pourvoir aux besoins matériels, accorder ou renouveler les concessions. Carnet de notes en mains, en chercheur infatigable, il engrange nombre de données pour ses publications. Entre 1939 et 1945 soixante et une études sont publiées.

     Enfin, sensible à la conservation de ce patrimoine, Il crée le premier Service de Restauration d’Egypte dont il confie la direction à Alexandre Stoppelaëre.

 

1952  Révolution égyptienne, le retour en France.

 

     En Egypte les remous sociaux s’amplifient. Etienne Drioton est en France pour ses congés annuels lorsqu’il apprend le 23 juillet 1952 la destitution du roi Farouk. Etant donné le climat anti-occidental et la jalousie irréductible de certains rivaux égyptiens, il comprend que, privé de l’appui du roi, il ne pourra poursuivre sa mission à la Direction du Service. Il présente sa démission au Gouvernement Egyptien.

     Dernier Français à diriger le Service des antiquités d’Egypte, il s’est montré un administrateur remarquable. Il préparait l’avenir avec des projets novateurs : agrandissement du musée égyptien, création de petites unités muséales en province. Enfin en dispensant ses cours à l’Université Fouad Ier, il préparait une génération d’égyptologues à prendre le relais des anciens. En 1952 l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres lui décerne le prix Gaston Maspero.

    En France il choisit de travailler à Montgeron (91). Nommé Directeur de recherche au CNRS puis Président de la Société Française d’Egyptologie, il renoue avec son rôle de professeur en dispensant ses cours à l’Ecole du Louvre et à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. En 1957 il est élu Professeur au Collège de France.

 Il s’éteint à Montgeron le 21 janvier 1961. L’égyptologie perd un maître

 

Une œuvre scientifique immense et novatrice.

 

     Etienne Drioton est aussi un chercheur. Il a exploré toutes les branches de l’égyptologie. Sa bibliographie est considérable, traite de sujets aussi variés que la magie, la philologie, l’histoire, la religion, les inscriptions des scarabées, l’art pharaonique, l’art et la civilisation copte…Son immense savoir, son esprit d’analyse ouvert à tous les domaines, lui ont permis d’explorer des voies nouvelles. C’est ainsi qu’il découvre l’existence d’un théâtre à l’époque pharaonique, publie ses travaux sur la cryptographie. De plus, ceci rejoint ses convictions religieuses, il émet la possibilité d’une forme de monothéisme dans la religion égyptienne.

S’il fallait résumer son parcours, Etienne Drioton s’inscrit comme un grand savant du XXe siècle, au service de l’Egypte.

 

                                                                                                  Michèle Juret

 

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